Mots clés

#Dynastie husseinite #Légitimité ottomane #Régence de Tunis #Réformes coloniales #Souveraineté beylicale

La dynastie husseinite 1705-1957

Khalifa Chater

Détails de la publication

ISBN
978-9938-53-219-7
Maison d'édition
Collection
Essais
Date de publication
2025
Nombre des pages
130
Langue
Français
Titre Page début Page fin Etat Actions

A l’instar des Mouradites, les Husseinites font valoir que leur pouvoir est une émanation de l’autorité ottomane. Leur référence à la conquête ottomane de la Régence de Tunis, en 1574 – célébrée par leurs historiographes, comme un acte fondateur – constitue la pièce maîtresse de l’argumentaire de leur discours de légitimité. Venus au secours d’un peuple musulman, pour assurer la sauvegarde de la parole de l’Islam, selon l’expression consacrée et reprise par Ben Dhiaf, les Ottomans ont réalisé le deuxième fath (l’ouverture glorieuse à l’Islam), réactualisant, d’une certaine façon, l’épopée de l’expansion de l’Islam en Ifrikya. Nous avons affaire à un véritable discours politique, qui se propose de légitimer le régime beylical d’essence ottomane et justifier la prééminence de la caste turque, dans la Régence. Mais ne perdons pas de vue que les grands chefs d’État avaient beaucoup de pouvoirs et de moyens. Ce ne fut pas le cas des beys de Tunis. Les Husseinites ont certes transgressé l’autorité ottomane, au XIXe siècle ; mais l’ère précoloniale institua une dépendance effective. Les beys étaient soumis aux consuls de France et de la Grande Bretagne. La colonisation les a érigés en « souverains » de l’ombre. L’indépendance les a réduits aux statuts de gardiens du palais. Ce livre se propose d’écrire l’histoire husseinite avec ses ères de grandeurs et celles de décadence. Hammouda Pacha, dit Ben Dhiaf, fut la pièce maîtresse du collier husseinite. Ahmed Bey institua les réformes et condamna l’esclavage. Sous le protectorat, Moncef Bey tenta de restaurer l’autorité nationale. Il fut d’ailleurs destitué par le pouvoir colonial. Ce fut peut-être la chance de la Tunisie : si l’indépendance est réalisée, sous son autorité, la Tunisie serait une monarchie…

Préface

Les Tunisiens ont une vision négative de l’histoire des Husseinites. La monarchie ne suscite guère de nostalgie : Depuis la colonisation et davantage depuis l’indépendance, les beys sont en marge de la dynamique politique. Rupture évidente, induisant un changement social important. Il y a une ‘‘discontinuité qualitative’’, selon l’expression d’Emile Durkheim, le théoricien de l’école sociologique française. Avec l’indépendance, une ère s’achève. La prise du pouvoir du Néo-Détour est un fait accompli. La coexistence entre le pouvoir beylical et la nouvelle autorité nationaliste était exclue. L’existence du pouvoir beylical est désormais perçue, comme un anachronisme. Le leader Habib Bourguiba ne pouvait s’accommoder de cette ‘‘autorité’’ officielle, dont les prétentions ne tenaient pas compte des nouveaux rapports de forces. Lamine Bey et son fils aîné, son chef de cabinet étaient une survivance, une séquelle de l’ancien régime. La démocratie populaire, nouvellement établie - fit-elle plutôt théorique car il s’agissait d’un fait d’annonce – ne pouvait accepter l’inégalité entre les nombreux princes qui jouissaient d’un traitement de faveur et l’ensemble des citoyens, ayant transgressé leur statut de sujets. D’ailleurs, le régime beylical était miné de l’intérieur. Il n’a guère été regretté. Sa chute allait de soi, avec l’indépendance. Mais l’historien ne peut assumer une vision rétrospective, qui juge le passé avec les valeurs du présent. Il doit rétablir la vérité et 6 corriger les lectures actuelles. Ne perdons pas de vue que les grands chefs d’État avaient beaucoup de pouvoirs et de moyens. Ce ne fut pas le cas des beys de Tunis. Les Husseinites ont certes transgressé l’autorité ottomane, au XIXe siècle ; mais l’ère précoloniale institua une dépendance effective. Les beys étaient soumis aux consuls de France et de la Grande Bretagne. La colonisation les a érigés en « souverains » de l’ombre. L’indépendance les a réduits aux statuts de gardiens du palais. Nuançant notre jugement, nous devons réécrire l’histoire husseinite avec ses ères de grandeurs et celles de décadence. Hammouda Pacha dit Ben Dhiaf fut la pièce maîtresse du collier husseinite. Ahmed Bey institua les réformes et condamna l’esclavage. Sous le protectorat, Moncef Bey tenta de restaurer l’autorité nationale. Il fut d’ailleurs destitué par le pouvoir colonial. Ce fut peut-être la chance de la Tunisie : Si l’indépendance est réalisée, sous son autorité, la Tunisie serait une monarchie.

Titre ISBN Volume
Titre ISBN Langue