Mots clés

#État #République #Mémoire #Crise sociale #Histoire

Contrevérités : Monarchie, Protectorat, République

Rachid Kacem

Détails de la publication

ISBN
978-9938-91-368-2
Maison d'édition
Collection
Ka' édition 2026
Date de publication
2026
Nombre des pages
264
Langue
Français
Titre Page début Page fin Etat Actions

Contrevérités : Monarchie – Protectorat – République. Quand notre histoire a vacillé… offers a critical examination of Tunisia’s political and institutional history, from the final period of the Husainid monarchy and the French Protectorate through the establishment of the Republic and the events of 26 January 1978. Drawing on the author’s personal experience and on sources encountered during his career in the administration, the work examines the political transformations that accompanied independence and the subsequent evolution of the Tunisian state. The book focuses in particular on the relationship between state institutions and society, addressing issues such as the concentration of political power, the transformation of the monarchy into a republic, land and agrarian questions, the marginalisation of rural communities, the role of the trade-union movement, and the changing place of popular forces in political life. It also questions aspects of the dominant historical narrative and considers the continuities that may exist beneath successive political ruptures. Originally written as a personal and critical testimony, the work combines historical reflection, political analysis and eyewitness perspective. The present edition is based on the author’s original manuscripts and preserves his text while providing additional editorial titles, historical references and contextual material. The book thus constitutes a testimony to a particular interpretation of Tunisia’s modern history and to the intellectual and political debates surrounding the formation of the post-independence state.

Préface

En publiant ces lignes, je n’accomplis pas seule ment un acte éditorial ; je mène à son terme une mis sion de mémoire entamée il y a plus de trente-cinq ans. Ce manuscrit de mon père, feu Rachid Kacem (1918-1986), nous est parvenu grâce au travail patient et méticuleux de mon frère aîné, Riadh Kacem (1940 1991), qui en fut le premier compilateur. J’ai souhaité aujourd’hui revisiter ces écrits, restés trop longtemps dans l’ombre ou insuffisamment diffusés lors de leurs publications de 2014 et de 2018, car ils consti tuent encore, et peut-être plus que jamais, un acte de foi intellectuel, une parole libre refusant de céder à l’omerta. Je me souviens avec émotion qu’à l’âge de vingt ans, mon père m’avait confié quelques extraits de ses textes. Par pudeur filiale, ou par respect pour la gravité de sa pensée, je ne les ai véritablement lus qu’après sa disparition. Je revois aussi l’angoisse qui pesait sur notre foyer lors des émeutes de 1978, puis de 1984 : sous le silence pesant du couvre-feu, mon père vivait dans la crainte que la police politique ne vienne saisir ses manuscrits, qu’il conservait avec soin dans une pile de cahiers classés chronologique ment et rangés dans son armoire personnelle. Ancien haut cadre du ministère de l’Intérieur, il connaissait trop bien la portée des regards, la mécanique de la surveillance et l’efficacité redou table des « indics ». Intellectuel rigoureux, dont les potentialités furent bridées par l’absence de démo cratie et de liberté d’expression, il choisit la plume comme ultime territoire de liberté, dans l’espoir que la postérité saurait, un jour, faire bon usage de ses écrits. Marié à la princesse Aziza Bey (1928-1984), mon père n’en demeurait pas moins un esprit libre, lucide et sans complaisance, y compris à l’égard des défail lances de la monarchie. Moncéfiste de cœur, profon dément attaché à la dimension sociale incarnée par Farhat Hached, il fut également un critique sévère de la présidence à vie et de la manière dont Habib Bourguiba conduisit le pays. Sa conviction intime était que la Tunisie aurait dû s’orienter, au lendemain de l’Indépendance, vers une monarchie constitution nelle : un modèle dans lequel le Bey serait demeuré un symbole national fédérateur, garant de la conti nuité de l’État, tandis que des gouvernements se seraient succédé par alternance au service exclusif de l’intérêt national. Avec le recul, ce choix nous aurait sans doute épargné bien des désillusions, celles de l’après-Indé pendance, comme celles survenues après la révolu tion de 2011, laquelle semble avoir privé la Tunisie d’une part de sa modernité en l’entraînant vers des constructions hybrides, souvent en rupture avec son identité profonde. Le refus de mes collègues de faire entendre une voix discordante m’a conduit à fonder ma maison d’édition. Cet engagement est un acte de recon naissance envers un homme épris de modernité et de démocratie. En éditant aujourd’hui ses textes, je libère sa parole de l’oubli et rends hommage à tous ceux qui furent réduits au silence de leur vivant. Cet ouvrage est bien plus qu’une chronique cri tique des « fissures » de la République, il est le témoi gnage d’une conscience qui n’a jamais cessé de croire que la dignité constitue le seul remède durable contre l’oppression. Il interroge frontalement les mensonges par omission qui ont façonné l’histoire officielle, à savoir l’effacement de la monarchie pluriséculaire, la neutralisation des forces populaires, la fonctionnari sation de la société, l’échec des réformes agraires, la marginalisation du monde rural et du mouvement syndical. Cet essai politique s’apparente ainsi à un réqui sitoire moral et historique, adressé à titre posthume aux compatriotes, car il rappelle avec force que l’his toire d’un peuple ne se décrète pas, ne s’édulcore pas et ne se confisque jamais sans des conséquences durables. Puisse ce témoignage continuer de servir de boussole aux générations futures. Car l’avenir n’est jamais détachable de l’histoire, qu’elle soit ancienne ou récente. Hichem Kacem Auteur et éditeur

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